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  • Photo du rédacteurNadine Belzile

Parlons de santé mentale

Dernière mise à jour : 12 mai


C’est la semaine de la santé mentale qui se déroule du 6 au 12 mai 2024. Le thème de cette année est l’apaisement par la compassion alors, comme le dit le mot-clic, #CultivonsLaCompassion envers les autres et aussi envers soi-même. Les problèmes de santé mentale sont invisibles et les gens qui en souffrent sont souvent stigmatisés. Alors il est important d’en parler pour briser les préjugés. Je profite donc de l’occasion pour vous partager ma propre histoire.


Lorsque j’étais à l’université en fin de baccalauréat, mon grand-père est décédé subitement. J’ai vraiment été ébranlée par sa mort et, sans m’en rendre compte à l’époque, j’ai commencé à m’enliser dans la dépression. Lorsque j’ai commencé la maîtrise, je manquais de motivation. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait mais je ne me sentais pas « dépressive ». Parce que pour moi, être dépressive, c’étais d’avoir tout le temps envie de pleurer, ce qui n’étais pas mon cas. Alors quand mon médecin me demandait si j’étais d’humeur dépressive, je répondais « non ».


Après mes études universitaires, je suis déménagée seule en appartement. C’est là que j’ai craquée. Mes parents ont dû gérer les déménageurs parce que, moi, j’étais assise dans une chaise, complètement incapable de prendre une décision. Et quand ma mère m’a amenée chez mon médecin, j’ai fait une crise de larmes dans son bureau. Je faisais un burnout et j’ai reçu mes premiers antidépresseurs.



Une dizaine d’années plus tard, j’étais encore sous antidépresseurs lorsque je suis tombée enceinte de mon premier enfant. J’ai paniqué! Fallait-il que je cesse les médicaments pendant la grossesse? Est-ce que les antidépresseurs sont dangereux pour un bébé? Mon médecin a vérifié et, finalement, les antidépresseurs que je prenais étaient compatibles avec la grossesse et l’allaitement. Alors j’ai continué de les prendre et on a même augmenté ma dose pour compenser l’augmentation de mon volume sanguin pendant la grossesse.


Mais rendue au 7e mois, j’étais tellement épuisée que je peinais à tenir debout. Mes collègues de travail me trouvaient tellement pâle qu’ils avaient peur que je m’évanouisse dans les corridors. J’ai donc consulté le médecin qui me suivait pendant la grossesse. Sa première réaction a été de me dire que le bébé était en santé. Je l’ai regardée et lui ai dit que je n’étais pas inquiète pour le bébé; je venais consulter parce que MOI je n’allais pas bien. Et j’ai été mise en arrêt de travail pour épuisement.


Mon garçon est né en pleine santé deux mois plus tard. Étant donné mes antécédents de dépression, mon mari et moi avions pris des mesures après l’accouchement pour essayer de m’éviter une dépression postpartum. C’est donc lui qui s’occupait de bébé pendant les nuits pour les premières semaines afin que je puisse bien me reposer. J’ai été chanceuse et j’ai évité la dépression postpartum.


Trois ans plus tard, j’étais enceinte de mon deuxième bébé, et on abordait cette nouvelle grossesse avec le même plan de match. Sauf que ça ne s’est pas passé comme prévu. Dès le début, j’avais hâte que la grossesse se termine tellement j’étais fatiguée. Et au 8e mois, je me doutais bien que j’étais entrain de faire un burnout. Sauf que je prenais déjà des antidépresseurs, alors comment je pouvais faire un burnout? À 36 semaines de grossesse, j’ai demandé à mon médecin si on pouvait me provoquer. J’étais épuisée, à boutte et ma bédaine faisait mal. Je n’en pouvais plus! Bien sûr, elle a refusée. Mais à 37 semaines et 6 jours de grossesse, lorsque je me rends à l’hôpital parce que je ne sens plus mon bébé bouger, le verdict tombe : le cœur ne bat plus. Ma fille est décédée. Je l’accouche le lendemain.



Le monde a alors cessé de tourner. Je vivais comme un zombie, incapable de fonctionner le jour, incapable de dormir la nuit et toujours en train de pleurer ma vie. Mon mari a dû s’occuper seul de notre fils de trois ans. Cinq mois plus tard, j’étais hospitalisée pour dépression majeure sévère et stress post-traumatique. Et le psychiatre auquel on m’assigne se montre complètement insensible, ajoutant à mon désarroi. Une chance que j’avais une bonne psychologue qui m’a appuyée pendant mon cheminement et un groupe de soutien au deuil périnatal dans ma communauté.


Lorsque je suis retournée au travail, je me suis retrouvée face à une collègue qui arborait de sérieux préjugés à mon égard, me disant qu’il fallait que je choisisse entre mon travail ou retomber enceinte, comme si les deux étaient incompatibles. Apprenant que je souffrais de stress post-traumatique et que je prenais des cours de kickboxing, elle a déposé une plainte contre moi disant avoir peur pour sa sécurité. Elle croyait dur comme fer que j’allais lui taper dessus. Et pourtant, nous avions travaillé de nombreuses années ensemble sans conflit.


Deux ans plus tard, après ce retour au travail difficile, j’ai pu retombée enceinte. Cette nouvelle grossesse fut très stressante et j’ai eu beaucoup de difficulté à m’attacher au bébé avant que celui-ci ne soit né. Je fus suivi en clinique pour grossesses à risques élevés, mais la clinique ne fournissait pas de soins psychologiques en parallèle. L’épuisement s’est fait sentir rapidement mais on m’a diagnostiquée avec une anémie, ce qui explique cela. Mon médecin m’a dit qu’on provoquerait l’accouchement avant la 38e semaine pour s’assurer que le bébé ne meurt pas lui aussi. Mais lorsque les contractions ont débutée, les moniteurs ont commencé à perdre le cœur du bébé. Je fus roulée en salle d’opération pour une césarienne d’urgence. Heureusement, mon petit garçon est né en santé. Mais toute cette expérience a réactivé mon stress post-traumatique et m’a propulsée en dépression postpartum au bout de 4 mois.


J’ai tenté de réintégrer le travail après mon congé parental, mais comme je faisais des crises de panique malgré les médicaments que je prenais, mon médecin m’a mise en arrêt de travail au bout d’un an. Et je ne suis jamais retournée au bureau. J’ai depuis pris ma retraite pour raison médicale et je consacre l’énergie que j’ai à ma famille et à sensibiliser les femmes canadiennes aux risques de mortinaissances et aux moyens à prendre pour réduire ces risques. Je suis devenue une activiste, militant le gouvernement canadien pour qu’il mette en place un plan d’action national pour réduire les mortinaissances.



À travers tout mon parcours, j’ai dû apprendre l’autocompassion. Car je me blâme encore pour la mort de ma fille, pour le fait que je n’ai pas été aussi présente pour mon premier fils alors que je me battais contre la dépression et le stress post-traumatique, et pour les problèmes d’attachement que j’ai eu dans les premiers mois de la vie de mon deuxième fils. L’autocompassion permet de nous pardonner et de nous aimer nous-même malgré nos défauts et nos erreurs. En pratiquant l’autocompassion, nous acceptons nos limites en tant que personne. Nous ne sommes qu’humains après tout et nous faisons notre possible dans la vie, y compris dans notre rôle de mère.


Le 1er mai, c’était la Journée mondiale de la santé mentale maternelle. Les femmes enceintes et nouvellement mamans font souvent face à des problèmes de santé mentale qui ne sont pas limités à la dépression postpartum. Ces femmes méritent d’être diagnostiquées adéquatement et traitées efficacement à toutes les étapes de leur parcours de fertilité et de périnatalité. C’est pourquoi j’appuie les revendications du Canadian Perinatal Mental Health Collaborative, qui demande au gouvernement canadien de mettre en place une stratégie nationale de santé mentale périnatale.


Apprenez-en plus sur la santé mentale périnatale en visitant leur site web au https://cpmhc.ca/


Apprenez-en plus sur les symptômes des troubles mentaux post-partum et sur les circonstances dans lesquelles il convient de demander de l’aide dans Votre guide sur la santé post-partum et des soins pour votre bébé - Canada.ca


Si vous vivez un deuil périnatal, vous trouverez une liste de ressources au https://bebebouge.ca/ressources#deuil


Nadine

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